C'était pour ma première leçon. Pas une vraie leçon qu'il avait dit mon instructeur, juste un premier vol d'initiation pour que tu ressentes les premières sensations. Je t'avais approché timidement, te découvrant petit à petit, tu avais tant de choses à m'apprendre. J'ai fait ma première prévol sous les consignes de mon instructeur, tournant autour de toi, doucement, te caressant ici ou là, cherchant un signe de faiblesse, cherchant à savoir si par hasard, tu ne désirais pas voler aujourd'hui. Mais tout était bon, tu le sais, ta place est là-haut.

Je m'installe à bord, lentement, en place gauche. Quoi ?! L'instructeur me met en place gauche dès la première leçon ! Il est fou ? Et tu laisses faire ça ! Viens alors le roulage, arf ! Tu roules pas droit Québec Victor ! Puis les essais moteurs et enfin l'alignement... plein gaz, c'est parti. Doucement je tire sur le manche, et peu à peu tu t'élances, les roues quittent le sol, on vole. C'est donc vrai mon ami, tu sais voler ! On a été faire un petit vol local, sentir les effets de quelques virages à diverses inclinaisons. Ca chatouille le ventre. Un virage à 60°, 2 g qu'il dit mon instructeur, moi je sens bizarrement ma tête. Et puis on s'est mis en palier, on a lâché les commandes et tu as continué à voler. Tout seul. Alors, l'instructeur et moi, on s'est penché en avant comme des dingues, et tu as commencé à piquer du nez. On s'est ensuite penché à fond en arrière et doucement tu t'es redressé "sans les mains", qu'il a dit mon instructeur. Quelques basses hauteurs et on s'est posé, un premier vol que je ne suis pas près d'oublier.

C'est ensuite que les choses sérieuses ont commencé, j'ai débuté mon apprentissage, il a fallu me pardonner mes erreurs, il a fallu me laisser le temps de t'apprivoiser petit à petit, mais mon instructeur veillait à ta santé. Et puis ce fut la séparation. A force, mon instructeur t'a épuisé, le potentiel de ton moteur fut dépassé. Tu t'es subitemment retrouvé sur le parking sans en bouger, regardant tes copains s'envoler. Alors oui, je t'ai forcément fait des infidélités, sur un autre avion j'ai continué à apprendre à voler. Il en a fallu du temps pour qu'ils te trouvent un nouveau moteur... Et puis un jour la grande nouvelle est arrivée, la radio me l'a annoncée, "Fox Québec Victor en vent arrière". C'est mon avion, j'ai pensé, et j'étais content de savoir que tu revolais. Mais mon instructeur avait pris ses habitutes sur un autre avion qui lui était dédié, alors, on a pas pu revoler. Viens alors l'heure de ma première navigation solo, "Quel avion tu prends ?" me demande mon instructeur, "Le Québec Victor" je lui ai répondu, cela me rappellera des souvenirs.

Alors hier on s'est retrouvé, je tremblais un peu, à l'idée de revoler seul avec toi et de faire ma première nav solo aussi il faut l'avouer. Pontoise Rouen, c'est pas grand chose, mais c'est la première fois que je vais quitter le tour de piste seul à bord. Doucement j'ai fait ta prévol, tu n'as pas changé, à part ce gros silencieux qu'on t’a collé sous le ventre comme à tous tes collègues. Le plein d'essence, mise en route, roulage, et hop, on décolle de Pontoise. On prend le cap qui va bien, on longe la nationale, le vent dans le dos et le soleil sur la campagne, génial ! Allez, on appelle Rouen, réponse : "F-QV, rappelez en vue des installations." Arf, vais-je les voir ces installations ? Bon, tout colle, j'ai franchi mes points de repères à la minute près, mon cap est bon, le conservateur de cap est bien réglé, mais si... mais si je m'étais gouré quelque part ? Je dois voir le terrain dans 5 minutes, et si je le vois pas... Hé mon ami, tu sais y aller à Rouen toi ? Plein de doutes, je poursuis mon cap et soudain, miracle de l'aviation légère, le terrain apparaît devant moi. Voilà, voilà pourquoi j'apprends depuis un an et demi maintenant, pour voir arriver devant moi le terrain de mon choix. Intégration, petit touché avec un bon vent de travers et hop, retour Pontoise. Avec le vent de face, j'ai le temps d'admirer le paysage, j'arrive en longue finale sur la 12 et notre aventure s'arrête ici.

Je regrette que l'atterrissage ne se soit pas passé comme prévu. Bon, faut être honnète, je l'ai carrément foiré, mais ça reste entre nous mon amis hein... on le répètera à personne, je suis sûr que tu m'as déjà pardonné et je te promets que la prochaine fois, je vais te le soigner. Arrivé au parking, moteur coupé, et voilà, c'est terminé.

A bientôt, mon ami, et merci !

Soeren