Encore dans le hangar avec l'avion (par ces températures, on est mieux à l'ombre), je jette un oeil au manuel de vol, quand soudain, deux gendarmes passent : - "Vous partez en vol ?" - "Oui" (comment le nier...) - "Et bien on va vous faire un petit contrôle alors !"

10 ans que je conduis et personne ne m'a jamais demandé mon permis, il faut croire qu'avec l'avion j'ai moins de chance. Tout y passe, du certificat d'immatriculation à ma licence, en passant par la licence radio et la fiche de pesée. Puis, viennent les petites questions : "elle est où la plaque résistante au feu avec l'immatriculation ?", "elle est où la balise de détresse ?", "elle est où l'antenne de la balise de détresse ?" Bon, après quelques recherches sur cet avion que je connais à peine, on finit par tout trouver. Le contrôle est OK. Les gendarmes n'étaient pas désagréables et puis de toute façon, étant encore dans le hangar avec l'avion, je ne vois pas trop ce qu'ils auraient pu me reprocher...

Aller, on a perdu assez de temps comme ça, on sort l'avion, prévol, check-list, et démarrage.... du démarreur. Celui-ci tourne dans le vide, et l'hélice ne bouge pas. Lors du vol avec l'instructeur, ça nous avait aussi fait ça mais au deuxième essai, c'était parti. Cette fois ci, plusieurs essais ne donnent rien. Je vais demander de l'aide au mécano, il tourne l'hélice d'un quart de tour, et cela fonctionne. C'est bon à savoir. On va quand même bien finir par partir, on roule, on ferme la verrière pour les essais moteurs et l'avion se transforme instantanément en sonna, Vivement le décollage !

Check-list, alignement, et on s'élance : puissance disponible, badin actif, la rotation à 100km/h... normalement ! A 80 km/h indiqué, l'avion décolle subitement, je le laisse faire, tout en lui imposant un long palier d'accélération. L'avion semble bien accélèrer, mais le badin, c'est moins sûr. J'ai quand même pas oublié le cache pitot ?! J'en ai pas vu durant la prévol et c'est pas monnaie courante dans mon aéroclub... Enfin, le badin se décide à grimper et prend rapidement 50km/h de plus. Pour le coup, je mets l'avion en montée, mais le badin ne réagit pas. Je recherche ma vitesse de montée à 130 km/h mais celui ci s'obstine à rester à plus de 150km/h. J'y vais tout de même molo sur le manche car mon assiette me semble conséquence, ce que me confirme brièvement l'avertisseur de décrochage.

Bon, il faut se rendre à l'évidence, le badin n'a pas la forme. Je poursuis mon tour de piste peu à l'aise, du haut de mes 100 hdv, sur cet avion que je connais à peine. En dernier virage, je ne me sens pas prêt pour le poser alors j'annonce une remise de gaz et un départ en local, j'ai besoin d'un peu de temps. Je continue donc en montée dans l'axe de piste, le badin est à la VNE, j'aime pas ça. Pour me rassurer, arrivé à 2000ft, je repasse en palier et réduit la puissance vers 2000tr/min, le badin est toujours à la VNE, il faut absolument que j'arrête de regarder cet instrument qui me ment ! Je m'annonce en retour de local, pour une intégration en vent arrière, 5 minutes se sont écoulées depuis ma sortie du circuit. Je n'accorde plus aucun crédit au badin, et l'avion vole d'autant mieux. En base, le badin s'écroule, il passe sous les 50km/h. En courte finale, il indique même une vitesse négative (j'suis plus à ça près). Enfin vient l'arrondi, la, on retourne dans une situation usuelle, plus besoin du badin. C'est un peu sportif car l'air est turbulent et le fait que j'arrive sûrement un peu rapidement n'aide pas, mais le contact avec le sol se fait en douceur. Petit coup de manche en avant une fois la roulette posée pour être sur qu'elle se déverrouille et léger freinage. La vitesse est contrôlée, défois, ça fait du bien d'être au sol !

C'était la première panne réelle de ma "carrière". Je n'avais jamais fait d'exercice de panne badin. Un mauvais point pour l'instructeur qui a du l'omettre pendant ma formation PPL, et un mauvais point pour moi qui ne l'ai jamais demandé spontanément (un partout, la balle au centre). Le plus dur a été de faire le deuil du badin, on a tendance au début à vouloir croire qu'il va finir par fonctionner, que le problème n'est que momentané. Une fois qu'on s'est mis en tête que le badin ment et que l'avion vole parfaitement, tout devient beaucoup plus simple. Je ne regrette pas d'avoir interrompu ma première présentation à l'atterrissage, je n'étais pas prêt à poser cet avion et rien ne pressait. La présence du gps était pour le coup rassurante, quand le badin indique 50km/h et le gps 60kt, on se conforte dans l'idée que l'avion a de bonnes raisons de continuer à voler. Je n'ai rien à regretter sur la prévol ni mes actions avant décollage car le problème n'était pas détectable avant la rotation. C'est au final une bonne expérience, on peut apprendre beaucoup en 25 minutes de vol !

Soeren