Franchir la ligne de départ
Par Soeren le vendredi 14 décembre 2007, 08:00 - Aviation pro - Lien permanent
Vendredi matin, Aéroport Charles de Gaulle, dans la nuit, le froid et la brume. J'aime cet aéroport, c'est le premier que j'ai fréquenté. Enfant, j'ai peu pris l'avion, mais n'habitant pas loin, on faisait souvent le taxi pour la famille ou les amis de passage. Je n'oublierai jamais ces images des escaliers mécaniques du Terminal 1, qui absorbaient ma grand-tante à chacun de ses départs vers la Nouvelle Calédonie. J'aimais l'aéroport, pas seulement pour les avions, qu'on voit assez peu finalement, mais pour le formidable carrefour qu'il représente et son activité digne d'une fourmilière.
Mais aujourd'hui, il n'est pas question de voyage. Je sors de la gare RER à la recherche d'un bâtiment précis, mon plan à la main. J'ai mal dormi, la tête encore embrumée, l'impression immatérielle de vivre un rêve. Je trouve finalement le bâtiment, caché dans l'obscurité. L'insigne de notre compagnie nationale me ramène à la réalité, le siège d'Air France est devant moi.
Je repense au parcours qui m'a mené jusqu'ici. A la sélection que j'ai passée au mois de Janvier, alors que j'étais inapte classe 1, à la décision d'Air France de m'accorder jusqu'au 31 décembre pour régler ce problème et repasser deux épreuves. L'année 2007 s'est alors transformée en une course contre la montre. Les obstacles ont été nombreux, les contraintes et délais administratifs frustrants mais la persévérance a fini par payer. J'ai finalement obtenu mon aptitude médicale au mois de Novembre et je suis retourné ensuite rapidement chez Air France repasser ces deux tests, un mois seulement avant la date limite.
Il y a cinq jours, mon téléphone a sonné. Cela faisait plusieurs jours que j'attendais cet appel, plusieurs années que j'en rêvais. En quelques mots, mon interlocutrice m'informe que je suis reçu à la sélection pilote cadet, transformant un rêve en réalité. Et c'est ainsi que ce matin, après tout ce chemin, en entrant dans ce batiment où je dois passer ma visite de médecine du travail, je franchis la ligne de départ. Car tout commence aujourd'hui.
Un grand merci à la pilotlist, dont la richesse a su nourrir l'inspiration et la motivation nécessaires à ces projets.
"De cette croisée des chemins où il était parvenu, la route principale - une
route mal pavée - s'élançait à l'assaut du devenir en méandres acrobatiques. Il
vérifia le panneau indicateur : c'était la bonne voie. Cette joie dans son coeur
ne mentait pas, la sérénité qui le gagnait lui venait d'une connaissance intuitive."
Georges Ballini - L'Ane au Long Cours
Soeren