Lundi : La météo est au beau fixe, pas le CAVOK annoncé mais du beau temps quand même. Après quatre annulations météo, on va enfin pouvoir faire notre navigation vers Shoreham en Angleterre, avec mon binôme et l'instructeur. Encore une grosse première fois pour moi : première navigation vers l'étranger et première traversée maritime. Après une moitié de sandwich infâme, la préparation de l'enveloppe mission et la prise en compte de l'avion, me voici installé aux commandes pour le vol aller. Je décolle en direction de Marquise, ville située au Sud Ouest de Calais que j'ai choisie comme point de recalage de la navigation avant d'attaquer la traversée.
La côte se dessine petit à petit devant nous, mais ne constitue plus cette fois ci une barrière infranchissable. On voit déjà la cote anglaise qui nous invite, à peine 25 nautiques devant, et le TDI du DA40 ronronne fièrement. Accessoirement, je franchis le cap des 200 heures de vol, quoi de mieux qu'une traversée de la manche pour célébrer ce petit évènement ? La côte française commence à s'éloigner et c'est le moment de contacter London Information. Moment de vérité car c'est la première fois que je parle anglais avec des contrôleurs ... anglais. Au final, cela se passera très bien, chacun y mettant du sien pour se rendre intelligible de l'autre. Durant la traversée, chaque cargo que nous voyons passer en dessous est une bouée de sauvetage au cas où le moteur lâche. Nous ne sommes pas assez haut pour rallier la côte en vol plané et amerrir près d'un cargo pour être repêché représente notre meilleur chance de survie. En plein rêve, on pense à ça aussi. Arrivée et atterrissage à Shoreham sans encombre, leur ATIS automatique est plutôt rigolo à écouter. On galère par contre un peu au roulage, cela aura peut-être été le plus dure, car le moins bien préparé. Note pour plus tard, penser aussi à ce qui suit l'atterrissage ;o)
Au bureau de piste, rencontre improbable avec le chef pilote de l'aéroclub d'Ancenis où je volais dernièrement. La vie fait parfois les choses d'une drôle de façon. Au retour, mon binôme prend les commandes et nous faisons le tour de l'île de Wight, longeons la cote anglaise vers l'Est puis retraversons la manche. Magnifique !
Et la semaine ne fait que commencer.

Mardi : navigation solo en vue. Je me débrouille pour avoir l'avion un peu plus longtemps afin de combler le retard cumulé et de pouvoir partir un peu plus loin. Du coup, j'en profite pour faire ma navigation de 300NM, obligatoire pour le CPL. Un premier tronçon Merville-Pontoise sans encombre. Je redécouvre le terrain de mes débuts, la où j'ai poussé la porte d'un aéroclub pour la première fois il y a six ans, la où j'ai pris fébrilement les commandes d'un avion sans trop savoir où j'allais. Si on m'avait dit ! Je passe faire un coucou à l'aéroclub, mon ancien instructeur est en congé mais je suis accueilli par une personne se proposant de me renseigner : la même personne qu'il y a six ans.
Je remonte ensuite dans mon avion, garé sur le parking tour. Derrière la grille se trouvent deux véhicules de passionnés qui viennent scruter les avions. A coté d'une voiture, le DA40 et ses 12 mètres d'envergures parait immense. Prochaine étape : Caen ! J'entreprends le transit des zones d'Evreux, sagement à 1600ft comme conseillé sur les cartes. Le contrôleur me propose ensuite 2000ft, ce que j'accepte avec joie mais ce n'est pas fini.
"F-BO, plusieurs Transall travaillant dans la zone, vous pouvez monter ?"
Effectivement, devant mois, 500 ft en dessous, je vois trois appareils passer vers la droite. Je monte donc à 2500ft en faisant un début de 360 afin de ne pas interférer avec leur trajectoire avant d'avoir un espacement verticale suffisant. Entre temps, les Transall ont fait demi tour et passent tous trois en patrouille 1000ft en dessous. Je suis aux premières loges !
Arrivé à Caen en longue finale, trois 360 de retardement pour laisser passer un appareil en base (il m'a bousillé mon arrivée "opérationnelle"). Une petite pause, et c'est reparti pour Merville. Je longerai la côte jusqu'à la baie de Somme afin de profiter du paysage. Au FL055, l'appareil est d'une stabilité absolue. Je peux lâcher les commandes et le laisser poursuivre sa route docilement. Le vent de face me retarde mais on est pas pressé. Je suis tout de même surpris de voir des insectes venir finir leurs jours sur ma verrière à cette altitude. Volent-ils si haut ?!

Mercredi : J'ai encore envie de voir la mer, cette fois ci de suivre les contours de la côte au nord de la baie de Somme, je programme donc une navigation Merville-Calais-Rouen-Merville. Merville Calais, c'est pas dur, mais la météo n'est pas aussi extra que je l'aurais souhaité, ça gâche un peu le paysage. A peine les actions croisières terminées, il faut préparer l'arrivée : contact radio, briefing arrivée, actions et check list descente puis approche. Un touché à Calais et on accroche la côte jusqu'à la baie de Somme. Un trafic croisé 400ft bas route opposée, merci au SIV pour l'info de trafic. Arrivé sur la baie de somme, le plafond nuageux s'efface et le soleil triomphe. C'est un mur de rayons lumineux qui marque la frontière entre le Nord et le reste du monde. Touché à Rouen puis retour sur Merville, encore une belle balade.

Jeudi : Après ces deux dernières navigation solo, c'est une autre navigation en double qui nous attend. Cette fois ci, destination la Belgique, Spa plus précisément. La carte fait un peu peur, beaucoup d'espaces aériens, beaucoup d'espaces militaires. Chargé de la nav retour, je peaufine une nav entre les espaces au cas où les contrôleurs nous compliqueraient la vie en classe C. Mon binôme fait l'allée, on monte au FL075 pour tenter de sortir de la crasse matinale, notre record en DA40. Il faudra pourtant redescendre rapidement car on est attendu au FL045 max en Belgique cause activité militaire. Transit vertical Charleroi, les contrôleurs belges sont en fait très conciliants, mais on a plus de mal à les comprendre que les contrôleurs anglais. Atterrissage à Spa, petit terrain posé à 1500ft, je ne crois pas avoir déjà fréquenté un terrain si "haut". Les alentours boisés et vallonnés sont très jolis mais en souhaite vivement y éviter la panne moteur. Alors que nous faisons une pause avant de repartir, un (joli) Pilatus s'élance chargé de parachutistes pour les larguer un peu plus haut, ça me rappelle des souvenirs. Je m'assois aux commandes pour le retour, les cales sont enlevées, et il faut pas mal de puissance pour faire avancer l'avion garé en pente. Une fois le demi tour effectué, il faut jouer avec les freins dans la descente jusqu'à la piste. Inhabituel.
Aligné, prêt, j'attends que le dernier parachutiste se pause à gauche de la piste. S'il se pose bien après les autres (et pas au même endroit), c'est qu'il débute et je n'ai pas envie qu'il nous fasse une blague au dernier moment. J'affiche ensuite la puissance puis lâche les freins. Le DA40 cavale, la piste n'est pas très longue et le seuil opposé arrive vite. V1-rotation, et c'est parti, j'affiche la pente max pour effacer les arbres puis la Vz max pour ne pas trainer trop longtemps trop bas. Un petit détour par le (fameux) circuit automobile que je n'avais vu qu'à la télé. Je ne l'imaginais pas si isolé.
Le retour s'effectue finalement au travers des espaces contrôlés, car en bas, ça commence à chauffer et la turbulence se fait sentir. Ma jolie nav évitant ces espaces tombe en désuétude et j'en improvise une autre (bien meilleure). Un touché à Courtrai, puis départ Merville. La ça va un peu vite. Vérification de l'activation du plan de vol avec le contrôleur, contact de Lille Information, qui nous renvois rapidement sur la tour de Merville, prise d'ATIS, breifing, actions/checks descente approche. Même en ne trainant pas, il est difficile de tout faire.

Vendredi : Dernière navigation solo de la semaine. Je décide d'aller au Havre, terrain planté au bord de la falaise. Le but est de mieux voir la côte car dans le sens nord sud, en l'ayant sur sa gauche, c'est quand même plus évident. Malheureusement, la météo est moins bonne, je commence à être trop bien habitué ! Je tente de monter à 3000ft mais doit vite redescendre vers 2000ft, tant pis pour le paysage. Arrivée en longue final au Havre avec une (toute) petite composante de vent arrière. J'effectue un touché, la montée initiale sur les falaises est très sympa, puis départ sur Amiens. Le temps est meilleur, cela se lève un peu. Intégration à Amiens, touché, puis départ vers Merville. A chaque fois, le départ est assez "brutal". Je suis concentré sur mon arrivée, et à peine les gaz remis sur la piste, il faut mettre en place le départ en navigation vers la branche suivante. Pas de répis ! Décollage, rentré des volets, cap vers le point origine navigation, actions 1000ft, check list après décollage, montée, actions croisière, actions point tournant.
Ensuite, le retour vers Merville, c'est quasiment automatique, je commence à connaitre ! Un peu plus tard, l'avion est au parking, encore deux check list et la semaine s'achève. Je ne suis pas mécontent de voir arriver le week-end, car la fatigue commençait à s'accumuler.
Et ce n'est pas finit, encore une douzaine d'heures de navigation solo à faire ces deux prochaines semaines. Souhaitons que la météo soit de la partie !

Soeren,
anticyclonique