- "Bonjour Bravo Lima"

Je m'approche du DA40, satisfait de le voir garé en première ligne derrière la porte du hangar. J'accroche la barre à son train avant, le laisse s'étirer, puis le traine lentement à l'extérieur, au soleil. Le départ n'est pas encore pour tout de suite, j'attends que le plafond nuageux monte un peu, car pour l'instant au Havre, notre destination, c'est bouché. Je note qu'il faudra compléter le plein, ce qui risque de me prendre un peu de temps, on s'habitue trop vite au camion qui vient livrer le carburant à la demande. Voler le week-end, c'est une autre histoire. Trois quarts d'heure plus tard, le départ est décidé. Je fais la prévol de l'avion, constate que le phare d'atterrissage ne fonctionne pas, vérifie dans la MEL (Minimum Equipment List) que je suis bien autorisé à partir sans phare d'atterrissage (le contraire m'eut étonné), démarre l'avion et roule jusqu'à la station de JET-A1. Le plein est un peu laborieux à faire, car la taille du tuyau et du pistolet de remplissage semblent plus adaptés à un biréacteur qu'à un simple DA40. Tout ça pour mettre... 9 litres. Mais c'est toujours une demi heure d'autonomie supplémentaire.

Pas d'attente au point d'arrêt, un trafic quasi nul, cela change de la semaine. Le DA40 s'élance sur les 1800 mètres de la piste de Merville et s'envole, direction Calais. Quinze minutes et un touché plus tard, je rejoins la côte vers le cap Gris-Nez, je la suivrai jusqu'au Havre. Certains nuages bas étant gênant, je monte au dessus de la couche. Les trous dans la masse nuageuse sont suffisamment nombreux pour me permettre de visualiser mes repères au sol, pour profiter du paysage, et pour pouvoir redescendre à tout instant si le besoin s'en fait sentir. Quel plaisir de se retrouver en plein soleil ! Il est à nouveau très rare ces derniers jours dans le Nord. J'ai du annuler cette navigation deux fois ces deux derniers jours à cause de la météo.

Le littoral défile lentement sous mes ailes, j'ai un peu de vent de face. A l'approche du Havre, je quitte la côte pour me mettre dans l'axe de la piste en service, la 23 aujourd'hui, et demande une longue finale au contrôleur. Encore un touché, je n'ai pas prévu de m'arrêter aujourd'hui, et je reprends un cap vers Merville. Toujours au dessus de la couche, on y est si bien. Le vent arrière propulse maintenant le DA40 à la vitesse vertigineuse de 150 noeuds, on va être en avance et cela ne m'arrange pas forcément. Je réduis un peu la puissance, pas pressé.

Arrivé à Merville, je fais quelques tours de piste, et profite de ce dernier vol sur cette machine. Toujours très peu de monde sur la fréquence, et pour changer, on fait la radio en français. Un dernier basse hauteur et je vais avoir écouler le temps qui m'est imparti, c'est le moment de l'atterrissage complet. La finale est stabilisée, le vent s'est levé un peu. Durant l'arrondi, l'avion refuse de se poser. L'effet de sol y est pour beaucoup, une rafale de vent aide, mais peut-être aussi que l'avion a compris, c'est mon dernier atterrissage. Tétu, je finis par le poser, en douceur en plus. Je roule vers le parking, laisse refroidir le turbo, et après 80 heures de vol sur DA40 TDI ces 5 derniers mois, place l'interrupteur "Engine Master" sur off une dernière fois. Le moteur râle, vibre, puis s'étouffe.

3h10 pour ce dernier vol, c'est le plus long que je n'ai jamais fait. Après les vacances, je passerai sur TB20, machine dite "complexe", pour apprendre à piloter aux instruments puis passer ma licence de pilote professionnel. Je rentre le DA40 au hangar, c'est la première fois que je me prête à cet exercice. Il était temps. Je découvre que l'avion est plutôt lourd et qu'il y a un petit devers à franchir pour atteindre le seuil du hangar. Tout seul, c'est pas facile. Mais avec un peu d'élan, je réussi à déposer Bravo Lima au milieu de ses congénères. Ils font tous semblant de dormir, mais à peine la porte du hangar fermée, je les entends déjà murmurer...

- "Alors c'était comment ? Racontes ?!!"

Je m'éloigne discrètement, c'est les vacances.

Soeren