Commercial Pilot Licence
Par Soeren le mercredi 11 février 2009, 14:00 - Aviation légère - Lien permanent
Bientôt un an que ma formation professionnelle a débuté, et voici le premier examen "officiel" qui arrive. A la clé, la licence de pilote professionnel (CPL pour les intimes), qui remplacera la licence de pilote privé (PPL) que je détenais jusqu'à présent. La différence entre les deux tests ? : une plus grande exigence, un avion dit "complexe" (train rentrant, pas d'hélice variable) et une connaissance de la règlementation en transport public. Le CPL
permet simplement d'être rémunéré comme pilote, cap important quand on souhaite en faire son métier ! Petite particularité également par rapport au test PPL, le testeur s'assoit à l'arrière de l'avion, et ne fait qu'observer. Mon instructeur est assis devant en place droite afin d'assurer
la sécurité du vol en cas d'erreur de ma part, puisque je ne suis pas encore breveté. Présence rassurante pour faire face au stress inhérent à tout vol de contrôle.
Petit compte rendu :
Trajet préparé : Merville – Beauvais – Dieppe – Merville.
Durée du test : 2h05
Le testeur m'avait prévenu dès le départ. Je fais Merville Beauvais à ma manière, avec tous les équipements opérationnels puis je me lance sur Beauvais Dieppe à 500ft sol sans moyen radio, trajet pendant lequel je serai dérouté. J'ai évidemment préparé mon vol comme jamais ! Je conserverai d'ailleurs précieusement mon "enveloppe mission" en souvenir.
Briefing :
Je présente le vol avec les dégagements retenus et les NOTAM : rien de particulier si ce n'est la CTR du Touquet qui est inactive (des fois qu'on y déroute...).
- "on peut y aller sans radio au Touquet si la CTR est inactive ?" Aie, je me suis posé la question le matin même sans en
être sur. Il n'y a pas de mention "Radio obligatoire" sur la VAC mais le terrain est généralement contrôlé. Je réponds "oui"
et j'ai bon ! (ouf).
Présentation de la météo, pas mal de questions sur les symboles de la carte de surface (frontolyse, front en altitude...). Il
est surpris que je lui donne une orientation du vent à partir de cette carte. Pour moi, vent parallèle aux isobares, j'ai pas trop
compris sa remarque.
Question sur les températures de la carte des vents :
- "A quoi sa sert ?"
- "Aux performances".
Ok mais il attend autre chose
- "Au Givrage (m'enfin en VFR...)"
Ok mais il attend encore autre chose. Je sèche. Il veut parler de l'altimétrie.
"Ok, l'altimètre surestime l'altitude" (on est en 10°C sous la température standard) et j'ai droit à une petite question type ATPL "si je dois passer un relief à X pieds en ISA-10 faut lire combien minimum à l'alti".
Autre question :
- "c'est quoi le rond la ?"
- "c'est Orleans !" (arf, je crois qu'il n'avait pas vu ;o))
- (en montrant un autre rond plus bas) "et la, c'est Orleans aussi ?"
- "non, ça c'est du vent nul"
- "ok"
On passe ensuite aux TEMSI, il me demande ce qu'est le symbole ovale. Je ne sais pas et lui dit qu'il faut que je vérifie dans la doc.
Il me dit que c'est du lenticulaire, ou du moins que ça y ressemble. Je viens de vérifier et c'est de l'onde orographique. Concernant les TAF, il me demande ce que m'évoque le TEMPO prévu à Beauvais (dégradation avec averse et TCU). Je vois pas trop où il veut
en venir, en fait je finis par comprendre qu'il veut que je lui dise que je prends du carburant en plus pour pouvoir attendre.
Pas de question sur le reste de l'enveloppe mission, il voit que c'est correctement rempli et n'insiste donc pas.
Il me demande ma stratégie d'arrivée à Beauvais. Ca tombe bien, j'y ai réfléchi. Ce matin, ils avaient la 13 en service, piste qui m'arrange
pas car il faut ensuite faire demi tour pour partir sur Dieppe. Je compte donc négocier la 22 s'ils gardent la 13 en service. Tout en sachant
que le vent forcit et qu'il est probable qu'ils tournent en 31 dans l'après midi, piste qui me convient bien car Dieppe est pile dans l'axe ! ;o)
Ca lui plait, c'est parti pour le vol.
Vol:
Départ sans encombre. Durant la check avant décollage, je m'aperçois que le testeur n'est pas attaché. Je tique, il s'attache. Je pense
qu'il avait vraiment oublié et que ce n'était pas un piège. Donc première branche Merville Beauvais version grand luxe : moyens radio
à gogo, PA enclenché, je suis pile sur mon trait et voit même mon (pauvre) point de recalage : intersection d'une route
et d'une ligne Haute Tension (heureusement flanqué par le vor CMB). Un peu avant Amiens, je quitte Lille et passe avec eux pour la verticale à 2500ft.
Arrivant vertical, je vois que le plafond diminue devant et descends donc à 2000ft au PA. Je la joue opérationnel et ne réduit pas la puissance
- "c'est quoi l'arc jaune du badin pour toi ?!"
- "plage de vitesse à utiliser en air calme seulement"
- "et on est en air calme la ?!"
- "bah oui, il n'y a pas de turbulence"
- "..."
Bref, ça lui a plu moyennement.
Sinon, il me laisse relativement tranquille sur cette branche, juste quelques questions sur le nom des villages alentours pour voir si je sais à tout moment où je suis.
Je quitte avec Amiens, prends l'ATIS de Beauvais puis passe avec eux. La 31 est en service comme prévu et je m'intègre directement en base.
J'arrive vite et dans un moment d'euphorie, je pense qu'il faut faire la base avant l'autoroute pour coller à la fleche du tour de piste de la VAC. Du coup, j'ai très peu de finale, l'arrivée est opérationnelle mais très peu académique avec sortie des volets 40° dans le dernier virage. Il ne m'en tiendra pas rigueur.
On fait un touché et j'ai droit à une panne moteur au décollage. J'assure la trajectoire vers un espace dégagé et puisqu'il me reste un peu d'altitude j'effectue les actions vitales "changement de réservoir, plein riche, pompe ON...". C'est ce qu'il voulait voir. Le moteur repart et je me dirige en secteur Nord pour la mania, la navigation est suspendue. On fait des montée/descente "préaffichées" (500ft/min 100kt en montée, puis en descente, tout en annonçant les préaffichages utilisés), avec des virages standards chronométrés. Pas mal de Vol Sans Visibilité ensuite avec une sortie de position inusuelle (virage engagé). Enfin, virages à 45°, recherche de Vs en configuration atterrissage, puis vol lent toujours en configuration atterrissage.
On retourne alors vers Beauvais pour un exercice moteur réduit. Il me laisse le choix entre PTU et PTE. Je prends PTE et me reporte vertical.
Mon instructeur, d'un signe tout aussi discret que salvateur m'aide à me placer correctement. Pas de chance, un liner s'aligne à ce moment là à contre QFU, et il est ensuite retardé à la demande de l'approche de CDG. On attend donc 15 minutes verticale, à slalomer entre les nuages car je suis remonté à 2000ft/sol pour la PTE.
Je manque un instant de passer en IMC. La règle des 300 mètres d'espacement verticale en espace de classe D est bien loin de mon esprit, et de celui de l'instructeur et du testeur aussi d'ailleurs. On finit par faire la PTE qui rentre nickel (un grand merci à l'équipage du DA40 qui a étendu sa vent arrière pour me laisser passer !) puis départ Dieppe.
Donc, 500ft sol, sans moyen radio, ni PA évidemment. Pas de difficulté, je trouve mon Point Origine de Navigation, il fait beau. Question sur ce que je pourrai faire s'il ne faisait pas beau :
- "suivre la route"
-"mouais, pas sur de bien la voir, t'a pas mieux ?"
Je vois pas...
-" la vallée !!" (arf, la route étant dans la vallée, c'est idem pour moi).
Petites questions sur les noms des villages que l'on croise, toujours pour voir si je suis.
J'ouvre un peu à droite pour éviter le survol de l'un d'entre eux
- "tu fais quoi la ?"
- "j'évite le survol du village, on est à 500ft sol"
- "c'est combien la hauteur de survol d'un point blanc sur la carte"
- "1000ft!"
- "hein ?! t'es sur ?!"
- ".... bah.... oui !"
- "ah oui, peut être remarque"
;o)
Il me dit qu'en arrivant sur NeufChatêl, on déroutera sur Merville. Chouette ! J'avais peur d'être dérouté vers un petit village méconnu..., un terrain
c'est confortable, Merville très confortable! J'ai donc le temps de préparer un minimum et de placer ma règle (trop courte !) sur la carte et c'est parti.
Annonce de la route, du cap, de l'alti (toujours 500ft/sol) estimées etc... Toujours des questions sur le nom des villages, je vais me reconvertir
en guide touristique. La visibilité est phénoménale avec le soleil dans le dos. Minimum 50km ! Ca change des quelques kilomètres qu'on subissait durant les navigations ces dernières semaines.
- "tu as une chute de pression d'huile"
- "ok, je surveille la température d'huile, je commence à dérouter sur Abbeville par précaution, si la température monte, je fais une Interruption Volontaire de Vol"
- "ah ...? et d'où tu sors tout ça ?!!"
- "euhhhhh, de mes connaissances personnelles...."
- "t'as pas une check list ?!"
Arf. Je prends donc la check list, j'y ai pas du tout pensé pour ce problème et ce sera le plus gros reproche du test. Bon, la check list
dit la même chose que moi. Ca lui convient, il considère que le traitement de panne est terminé.
Peu de temps après :
- "ton voyant d'alarme jaune s'allume (alternateur)"
J'assure la trajectoire (tout droit !), je sors la check list, la panne subsiste.
- "que vas tu faire, quel est ta stratégie ?"
Je déleste (j'annonce tout ce que je déleste, et il me fait couper réellement tous les moyens radio sauf l'ensemble 1), lui annonce que je sortirai
le train en secours (pas envie de sécher la batterie, ni que le train s'arrête à mi course), que je tenterai de sortir les volets 10° mais
pas les 40° (pas envie qu'ils restent bloqués à 40° en cas de remise de gaz), que je continue sur Merville en les contactant dès maintenant
pour obtenir la clairance et ainsi pouvoir poursuivre si la radio lache. Si je n'arrive pas à les contacter et que je perds la radio, je vais à Abbeville,
où la piste est suffisamment longue pour poser sans volets et la radio non obligatoire.
Ca lui convient bien et il arrête de m'embêter jusqu'à l'arrivée. Il me demande de faire l'atterrissage volet 0°. J'entre en vent arrière 22 alors
que deux DA40 sont également autorisés à s'y intégrer. Je dois donc veiller à la surveillance du trafic tout en sortant le train secours.
Interception d'axe/plan très bof, d'autant qu'il me parle pendant le dernier virage puis atterrissage.
Piste dégagée, il me demande de confier les commandes à l'instructeur pour le roulage, je ne réalise pas encore que je ne les reprendrai jamais. Puis, il annonce simplement :
- "bon, ba c'est bien !"
Je n'en demandais pas plus !! ;o)
Debriefing rapide avec le testeur "pas grand chose à dire, mais face à une panne, avoir le réflex check list, ne jamais inventer".
L'instructeur est super content : ses deux élèves ont réussi le CPL aujourd'hui. Il est content de mon vol et plutôt fier. Je suis content qu'il soit content car c'est vraiment un instructeur extra !
Feu vert pour le Baron et la dernière phase de formation dans le Nord. La prochaine navigation VFR, le prochain vol sur monomoteur, ce n'est pas pour tout de suite ! Il me faudra un peu de temps pour réaliser.
Soeren,
pilote professionnel (?!)