Tu ne seras jamais pilote
Par Soeren le lundi 30 novembre 2009, 15:55 - Aviation pro - Lien permanent
Ce que je connaissais du métier de pilote de ligne ? Pas grand chose en fait, principalement qu'il m'était interdit. Et pourtant ces grands oiseaux, fruits du délire de l'être humain, m'ont toujours attiré. Comme tous les enfants je les montrais du doigt. Mais à la différence des autres, je n'ai pas arrêté en grandissant...
Un peu précipité par l'incroyable nombre de taches à réaliser avant le départ, je me retrouve enfin attaché à mon siège. Et quel siège ! En place droite d'un Airbus A320, stationné au terminal 2 de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. Il parrait même qu'il y a des passagers assis derrière.
Adolescent raisonnable, j'ai continué à contempler les avions de loin. Elevé sous les couloirs de décollage de CDG, pas loin d'un petit terrain d'aviation où j'ai été quelques fois en vélo contempler les Cessna derrière le grillage. Professionnellement, j'ai choisi une autre voie pour laquelle ma vue ne posait pas problème. Et la vie suivait son cours.
L'avion recule, arraché du terminal, amarres larguées, il sera bientôt totalement libre. Les moteurs démarrent, on configure la machine. Enfin prêt au roulage, je pose une main sur la manette de direction, l'autre sur la manette des gaz. Si j'avais une troisième main, je me pincerais.
Et puis, un jour, les choses se sont accélérées. J'ai eu l'occasion de faire un tour à l'arrière d'un DR400. J'ai découvert l'aviation légère, et j'ai été mordu. Sérieusement, un truc dont on ne se remet pas. J'ai vu un médecin, consulté mon compte bancaire, puis j'ai poussé la porte d'un aéroclub pour passer ma licence de pilote privé. Parallèlement, j'ai découvert la pilotlist et sa multitude de récits. Et ainsi fait peu à peu connaissance avec le métier de pilote de ligne. Et plus j'en apprenais, plus j'étais convaincu que c'était le métier qu'il me fallait. L'idée folle d'essayer s'est alors emparée de moi.
L'avion roule, je suis assez concentré. Pas trop envie de me tromper de taxiway, pas trop envie non plus d'envoyer une hotesse dans le décors par un virage brusque ou un freinage inapproprié.
Ma vue posant toujours problème pour une aptitude professionnelle, il a fallut se plonger dans les textes réglementaires français et européens, aller voir des médecins, des experts, des contre experts et affronter tous les septiques. Cela pris plusieurs années. Les chances d'aboutir étant faibles, j'ai constamment envisagé l'échec tout en m'évertuant de réussir.
"Vous ne ferez jamais lever cette restriction", "Tu te fais du mal", "inapte", "j'ai le regret de ...", "tu as toujours ce projet en tête !?!"
Aligné sur la piste 08 gauche, autorisé au décollage, je lâche les freins et pousse les manettes en avant. Des mots résonnent au plus profond de moi.
"Courage", "Je suis sûr que ça va marcher", "ça va le faire", "apte", "vous êtes reçu".
L'A320 atteint v1, on ne s'arrêtera plus. Je tire doucement sur le manche, essayant de cadencer correctement ma rotation et l'avion quitte le sol. Peu de temps après nous entrons dans la couche nuageuse, les barres de tendance du Flight Director me conseillent un virage assez serré, pourquoi pas ! J'incline l'avion à un peu plus de 30°, et cela m'impressionne. Puis subitement, nous sortons des nuages, le soleil me saute au visage. L'aile droite, elle, y est encore coincée. Toujours en virage au dessus de cette mer de coton, je mémorise cet instant dont j'ai rêvé si longtemps. Suffisait-il d'y croire ?...
Soeren